Les figures de l’intellectuel à travers l’histoire

Les figures de l’intellectuel à travers l’histoire.

 Dr. Tchatou Nya Célestin.

  1. Introduction
  2. Quelques figures historiques de l’intellectuel.
  3. Regard sur l’intellectuel africain
  4. Conclusion

Nb : Pour comprendre les abréviations des œuvres citées, se référer à la bibliographie.

INTRODUCTION

A travers l’histoire, l’intellectuel est vu comme un oracle, comme un éclaireur, comme un précurseur, comme un briseur d’idoles (un iconoclaste). C’est sous le prisme de la contestation libératrice que l’intellectuel est perçu, de Socrate à Njoh-Mouelle, en passant par Karl Marx, Rousseau, Nietzsche, Zola, Voltaire, Sartre, Nkrumah, Césaire, Patocka, Bernard-Henri Lévy…

Qu’ont-ils fait de si éloquent, de si passionnant, de si fascinant, au point où l’évocation de leur nom se fait avec respect et considération ? Arrêtons-nous sur la vie de quelques uns d’entre eux (I), et analysons le regard qu’on peut porter aujourd’hui sur l’intellectualité en Afrique (II).

QUELQUES FIGURES HISTORIQUES DE L’INTELLECTUEL.

L’humanité de l’histoire a bénéficié de la protection réflexive de penseurs qui ont choisi de faire de la liberté et la dignité de l’homme des valeurs cardinales. Ces vigiles de l’humain et du devenir positif de l’humanité ne sont malheureusement pas très nombreux. Ce qui peut se comprendre. Le manteau de l’intellectuel n’étant pas le vêtement au monde le plus aisé à porter. Dans la short list que nous allons dérouler, nous nous sommes intéressés aux penseurs qui se sont gardés d’établir des différences naturelles ou culturelles entre les peuples, les races ou les continents. L’intellectuel n’a pas de patrie. Les ailes de ses idées ou de son combat sont faites pour traverser les frontières.

Commençons, non par hasard, par Socrate. Citoyen grec (470-399 avant J-C), Socrate a marqué l’histoire universelle en travaillant pour la libération morale de l’homme. Il a œuvré à sortir l’homme de l’obscurité du sensible pour l’élever au niveau de la lumière de l’intelligible. Avant la révolution socratique, le monde, son origine et son contenu (le cosmocentrisme) préoccupaient les penseurs. L’homme était un instrument à la merci des phénomènes naturels et surnaturels. Il était fait.

Avec Socrate, l’homme devient le centre et la fin de tout (anthropocentrisme). Il se fait. C’est cette transition radicale qui a fait dire à Jean Brun que « la pensée de Socrate est un des pivots de l’histoire puisque avec elle se clôt une période et qu’une autre commence » (Socrate, p.6).

Pour Socrate, « se faire » pour l’homme consiste à se construire moralement, spirituellement. La quête aveugle de la matérialité prédispose l’esprit au mensonge, au vol, au crime bref au vice. Les biens matériels ont pour finalité d’enrichir le corps. C’est l’enrichissement de l’esprit qui préoccupe le maître de Platon. Un esprit riche, c’est un esprit cultivé, instruit, civilisé donc humanisé. C’est l’esprit qui fait la grandeur de l’homme. C’est lui qui le distingue de la bête ou de la plante. Un esprit riche est un esprit vertueux, qui sait distinguer le beau du laid, le bien du mal, le juste de l’injuste, et qui met toutes ses ressources à contribution pour parfaire le monde. La vie de Socrate se confond à l’enseignement du bien, au perfectionnement moral de l’homme : « Je n’ai d’autre occupation en effet, dit Socrate, que de circuler dans les rues en vous persuadant, jeunes et vieux, de ne pas vous soucier de votre corps et de l’argent en priorité et de ne pas y tenir aussi fort qu’à votre âme et aux moyens de la perfectionner. Je dis que l’argent ne fait pas le mérite, mais que c’est le mérite qui entraîne la réussite financière et tous les autres avantages humains » (Apologie, pp. 65-66).

Socrate se présente lui-même comme un examinateur. Examiner, c’est réfléchir sur les travers de la condition humaine. C’est cette réflexion sans complaisance parce que destinée à dénoncer les incohérences qui va d’ailleurs valoir au père de la maïeutique un procès au terme duquel il est condamné à mort. Et exécuté. Malgré cette fin tragique – et peut-être à cause de cette fin tragique – Socrate est resté, selon les mots d’Anne Baudart, une « personnalité de l’histoire mondiale » (Histoire, p. 23).

Sur les traces de Socrate, et sur la voie du réveil positif de l’homme, nous pouvons situer les personnalités suivantes :
  • Giordano 1548-1600. Philosophe italien. Accusé d’hérésie par l’inquisition. Incarcéré pendant sept ans, puis brûlé vif.
  • Galilée. 1564-1642. Physicien italien. Il proclama l’héliocentrisme contre le géocentrisme. Poursuivit par l’inquisition, il renonça publiquement (abjuration) à sa théorie pour échapper à la mort. Pourtant la terre, comme il l’avait annoncé, tourne bien autour de soleil. Cette contribution à faire reculer l’erreur et l’obscurité est un devoir pour tout intellectuel. C’est vrai que Galilée avait reculé. Mais cela se comprend !
  • 1694-1778. ses écrits contre la monarchie, ses positions en faveur de la laïcité, ses ironies sur les guerres de religion, son implication dans l’Affaire Calas, lui ont valu d’être respecté. L’Affaire Calas a permis à Voltaire de montrer aux yeux du monde que la défense de la dignité bafouée n’a pas de prix. Le fils de Jean Calas, Marc Antoine Calas est retrouvé pendu. Le parlement de Toulouse accuse le père, Jean Calas (1698-1762), d’avoir tué son fils et d’avoir maquillé son crime par le suicide. Le 10 mars 1762, malgré ses pleures qui crient son innocence, Jean Calas meurt, roué, place Saint-Georges. Voltaire trouve cette affaire troublante et ses enquêtes dévoilent progressivement la vérité de l’innocence de Jean Calas, réhabilité le 09 mars 1765. Réhabilitation tardive peut-être. Mais décisive et historique parce qu’interpellant les magistrats du monde sur les drames que peuvent causer certaines erreurs judiciaires.
  • Jean-Jacques Rousseau. 1712-1778. Père incontesté de la révolution française de 1789. Ses écrits en faveur de la démocratie ont préparé intellectuellement – conceptuellement – la mort de la monarchie. Le Contrat social, qu’il publie en 1762, sous titré «  Principes du droit politique », est un excellent condensé sur le passage de l’esclavage à la liberté. Pour Rousseau, « l’homme est né libre, et partout il est dans les fers » (Contrat, p. 60). Ce sont ces fers socio-économico-politiques qu’il faut briser. Pour le bien-etre de l’homme. Rappelons qu’en Avril 1776, deux années avant sa mort, L’auteur de l’Emile distribua dans la rue une circulaire intitulée : « A tout Français aimant encore la justice et la vérité ». C’est tout dire !
  • Karl Marx. 1818-1883. Philosophe allemand, il est l’une des personnalités de l’histoire de l’intellectualité qui a particulièrement retenu notre attention. Né dans une famille bourgeoise, il a toute sa vie combattu la bourgeoisie mondiale. Ce qui l’intéresse, « c’est la société humaine ou l’humanité socialisée » (Dixième thèse sur Feuerbach). Le souci de la classe bourgeoise c’est la bonne santé du Grand Capital. Cela passe par la paupérisation de la classe ouvrière. Donc par la chosification de l’homme. Cet état de choses est inadmissible, insupportable. Pour Marx l’homme est le même partout. Et aucun être humain n’a le droit de maltraiter un autre. Tout combat qui va dans le sens de rendre impossible l’aliénation de l’homme par l’homme est le bienvenu. C’est pour cette humaine raison que l’auteur du Capital a cautionné « la dictature du prolétariat ». Dans Le manifeste du parti communiste, Marx et Engels interpellent l’humanité entière sur la valeur du combat libérateur : « Abolissez l’exploitation de l’homme par l’homme, et vous abolirez l’exploitation d’une nation par une autre nation. Du jour où tombe l’antagonisme des classes à l’intérieur de la nation, tombe également l’hostilité des nations entre elles » (Manifeste, p. 56). Mais la guerre de Marx contre les instruments de l’aliénation n’est pas seulement orientée vers la bourgeoisie au pouvoir. Il s’attaque aussi à la religion qui endort selon lui l’esprit humain.
  • Cette religion n’échappe pas à la critique de 1844-1900. le surhomme qu’il se donne de créer ne peut s’accommoder des idoles. L’auteur de Par-delà le bien et le mal décrète la mort de Dieu pour plus de libération de l’homme (Zarathoustra, p. 19).
  • Emile Zola. 1840-1902. L’Affaire du Capitaine Dreyfus a permis à l’auteur de Germinal de marquer les esprits. A travers un article intitulé « J’accuse », qu’il pubie dans le journal « L’Aurore » en janvier 1898, Zola avait réussi à relancer le procès de Dreyfus avec au bout son acquittement et sa réhabilitation.
  • Jean-Paul Sartre. 1905-1980. Grand défenseur de la liberté humaine, Sartre n’a jamais cautionné la prostitution de l’homme. Il présente son refus de l’antisémitisme dans Réflexions sur la question juive. En 1946, l’auteur de L’être et le néant prend position contre la guerre d’Indochine. En 1948, il s’attaque à l’impérialisme américain. De 1956 à 1962, Sartre soutient les nationalistes algériens (F.L.N). En 1968, il soutient les jeunes étudiants qui manifestent pour une amélioration de leur condition. Pourquoi cette passion à s’intéresser aux autres et à ce qui leur arrive? Parce que pour Sartre, l’homme « est responsable de tous les hommes » (L’existentialisme, p. 24).
  • Kwame Nkrumah. 1909-1972. Homme politique et penseur ghanéen, Nkrumah a fait de la libération de l’Afrique du joug de l’impérialisme occidental son combat. Ses idées en faveur du panafricanisme sont éloquentes. Sa volonté à transcender son individualité ainsi que les frontières du Ghana ont fortifié sa personnalité. L’Afrique doit s’unir n’est pas seulement le titre d’un livre qu’il a écrit, mais une brûlante passion qui l’a ébranlé toute sa vie.
  • Jan Patocka. 1909-1977. Philosophe tchèque. Accusé de subversion, il est persécuté et torturé par le pouvoir politique de son temps, pouvoir qu’il critique. Le 13 mars 1977, l’auteur de La crise du sens meurt d’une hémorragie cérébrale. Cette mort programmée, comme le fut celle de Socrate, a fait dire à Paul Ricœur que Jan Patocka fut « littéralement mis à mort par le pouvoir ».
  • Aimé césaire. 1913-2008. Poète martiniquais et ardent promoteur de la négritude, donc de l’éveil de la conscience noire, Césaire a de toutes ses forces combattu le colonialisme et l’abâtardissement du Noir par le Blanc. La violence de son verbe n’a d’égal que la puanteur du mal qu’il décrit. Le nègre « comique et laid » qu’il peint dans Cahier d’un retour au pays natal n’est plus simplement l’être typique d’une race. C’est toute la misère de l’humanité qui est ainsi déshabillée. Afin que les chiens ne se taisent plus !
  • Marcien Towa. (1931…). Son radicalisme face à l’absolue puissance accordée à tort aux dieux et aux gouvernants fait de lui le vigile de la conscience libre. Pour lui, l’intellectuel, donc le philosophe « n’est ni neutre, ni désintéressé » (Essai,31).
  • Fabien Eboussi Boulaga. (1934…). Il est le philosophe du questionnement du sens et du non sens, du manifeste et du caché, du visible et de l’invisible. Chez lui, les aliénations peuvent se trouver là où on les soupçonne le moins. Son œuvre est une interprétation et un déchiffrement. Les écarts de la religion, les entorses et les vernis de la politique travaillent pour la production d’un type d’homme falsifié parce que déformé et détourné. Seule la libre pensée, courageusement affirmée, surtout dans un contexte de dictature, peut mettre fin à la servitude : « La vie libre et raisonnable, selon lui, ne se comprend que comme lutte contre la possibilité de la violence, contre la menace toujours latente de la servitude » (La crise, p. 223).
  • Bernard-Henri Lévy. (1948…). Philosophe français, Bernard-Henri Lévy se réclame sartrien, dans la méthode. Pour lui, la mission de l’intellectuel est d’intervenir sur les questions de son temps. Sa fonction est « d’explorer » les grands probèmes : le chômage, la famine, la maladie, la dictature, la pauvreté…Son exploration doit aider à les résoudre. Pour l’auteur de l’Eloge des intellectuels (1988), si les fléaux comme la pornographie musicale, la prostitution, le racisme et autres radicalismes religieux et politiques gagnent du terrain, c’est en raison de la démission des intellectuels. Celui que l’on surnomme affectueusement BHL s’est ouvertement attaqué à Nicolas Sarkozy en octobre 2007 lorsque le président français, en visite au Sénégal, avait tenu sur l’Africain des propos dignes du temps de la colonisation. Le « Discours de Dakar » faisait savoir que « l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire. Jamais il ne s’élance vers l’avenir. Dans cet univers où la nature commande tout, il n’y a de place ni pour l’aventure humaine, ni pour l’idée de progrès ». En intellectuel averti, BHL avait vivement qualifié ce discours de « raciste ».
  • Finissons la courbe de notre trajectoire historique sur les figures de l’intellectuel par Ebénézer Njoh-Mouelle. (1938…). Philosophe camerounais que l’on est en droit de situer dans la tradition de la réflexion critique telle qu’initiée par Socrate, Njoh-Mouelle est à juste titre l’ennemi par excellence de l’aliénation culturelle et morale de l’homme. La libération plénière de l’homme passe par son émancipation morale, sa transcendance éthique. C’est la pollution de l’esprit qui est à l’origine des maux dont souffre l’homme. Un esprit atrophié limite le champ d’action de l’homme et retarde du même coup les possibilités de développement de la communauté. Il s’agit chez l’auteur de Développer la richesse humaine de combattre la sous-humanité, sous toutes ses formes. Sur le plan individuel et collectif, ce combat passe par la lutte contre la dépersonnalisation, la superstition, l’ignorance, l’absence de liberté…bref par ce que le philosophe appelle « la misère objective » (La médiocrité, p. 33). Sur le plan politique, Njoh-Mouelle interpelle les Etats, notamment africains, sur l’importance du respect du bien public et de la pratique de la bonne gouvernance. Pour lui, la crise de la politique africaine plonge ses racines dans les dictatures qui sont au pouvoir. Pour soigner cette crise qui prend en otage tout un continent, il faut commencer par soigner, c’est-à-dire par reconvertir moralement ceux qui gouvernent. Njoh-Mouelle a occupé de hautes fonctions politiques dans son pays.  Mais sa vie politique n’a pas effacé « LA RAISON » de l’intellectuel qui l’habite. Il est resté critique. Voici un extrait de l’obscure théâtralisation de la politique démagogique africaine qu’il dénonce alors qu’il est encore ministre (de la communication) : «  Le fait est que la plupart des aspirants au gouvernement des Etats n’y sont pas poussés par la volonté de servir leurs peuples, contrairement aux contenus de leurs faciles et trompeuses proclamations, mais davantage par un intérêt personnel ou des intérêts de groupes et de castes. Nous dirions de tribus, dans la situation africaine d’aujourdh’ui (…). Comment ne pas relever plus particulièrement à cet égard le cas de la majorité des régimes des Etats africains marqués par la farouche volonté des gouvernants de s’éterniser au pouvoir ? » (Discours, 117-118). De s’éterniser au pouvoir…pour le malheur des peuples qu’ils gouvernent !

De Socrate à Njoh-Mouelle, nous venons de voir que l’attention de l’intellectuel doit être permanemment en alerte, en éveil. Son sommeil ne peut qu’éroder lentement, mais surement, le peu de dignité qui permet à l’humanité de se tenir debout.

Mais, aujourdh’ui en Afrique, l’intellectuel est-il vraiment perçu comme le gardien de l’humaine condition ?

REGARD SUR L’INTELLECTUEL AFRICAIN.

Un mépris, un doute et même un rejet pèsent profondément sur le rôle de dénonciation, de dévoilement, d’exploration, de déchiffrement et de libération qui est attendu de l’intellectuel, dans un contexte de crises multiformes comme celui de l’Afrique.

Des décennies après les indépendances (plusieurs Etats africains célèbrent le cinquantenaire de l’indépendance), les problèmes de fond du continent noir sont restés presque les mêmes : dépendance économique, indépendance virtuelle politique, chômage endémique, endettement macroscopique, insuffisance alimentaire, soins de santé déplorables, irrationalité rampante… Bernard-Henri Lévy souligne que la préoccupation de l’intellectuel n’est pas de résoudre les problèmes structurels. Sa formation et ses moyens d’action ne le permettent pas. Mais son devoir – au regard des armes idéelles dont-il dispose – est d’explorer ces difficultés, de les conceptualiser et de les porter, par tous les canaux possibles, à la face du monde. Il doit prêcher, même dans le désert s’il le faut, et faire de la répétition sa chance d’être un jour entendu.

Cette attitude qui ennoblit l’intellectuel, est-elle vécue en Afrique ? les livres, les articles dans les presses, les passages dans les radio et télévisions,  les conférences publiques, les marches pacifiques…sont-ils suffisamment utilisés par les intellectuels africains pour faire entendre et pour se faire entendre ? Descendent-ils régulièrement sur le terrain toucher du doigt la douleur aveuglante du malade qui meurt dans la salle d’attente parce que le médecin est absent ? Entendent-ils le cri fatigué du prisonnier qui du fond de sa cellule clame son innocence ? Sentent-ils l’odeur fétide qui se dégage des dictatures politiques ? Voient-ils les difficultés de survie (nutrition, logement, insécurité…) dans une Afrique pourtant riche et bénie de Dieu !

Des idéologues engagés comme Lumumba, Um Nyobe, Kwame Nkrumah, Amilcar Cabral, Nelson Mandela, Thomas Sankara…ont, sur le plan politique, initié des voies de sortie de la dépendance. Seulement le militantisme et la soif de gouverner qui guidaient leurs actions ont obscurci le recul critique nécessaire à tout engagement intellectuel, donc désintéressé. Mais ils ont le mérite d’avoir osé lever la tête sans crainte de la voir coupée.

L’Afrique n’est pas misérable. Elle est misérée. Et il revient aux intellectuels de maintenir la récurrence de la dénonciation de cet inconfort existentiel, de cette inhumanité. Ils le font déjà. Sans aucun doute. Mais ils ne le font pas assez. Cela est certain.

Les nouvelles révolutions politiques africaines, qui viennent de l’inconscience collective des jeunes socialement désemparés le prouvent. Ces jeunes sont poussés à la contestation par le ventre. Ce qui laisse peu de chance au succès. C’est leurs têtes qu’il faut d’abord travailler. Ce travail interpelle les intellectuels !

CONCLUSION

Il n’est pas aisé de se pencher sur l’histoire de l’intellectualité. S’engager sur ce terrain, c’est être d’office certain d’oublier quelques noms. Confucius (VI°-V° siècle avant J-C), philosophe chinois, a prêché les vertus de la pureté morale avant SocrateJésus-Christ en a fait autant après Socrate. L’universalité de la morale de Kant et ses écrits sur la paix mondiale permettaient également qu’il soit cité. On peut en dire de même de beaucoup d’autres. Mais si nous avons choisi de commencer notre ronde avec Socrate, c’est en raison du double sens de sa philosophie : tout entière vouée à la qualité de la vie (sens1) sans la crainte de la mort (sens2). La profondeur de sa réflexion, devenue un héritage universel, a fait dire à Anne Baudart que « le mérite socratique, par excellence, est peut-être d’avoir montré et démontré par sa manière d’être, de vivre, d’enseigner, que la science est d’abord, et par essence, réflexion » (Histoire, p. 26). Au commencement était la réflexion, pouvons-nous dire pour reprendre autrement les Saintes Ecritures. Cette intuition primordiale doit inspirer l’action de tout intellectuel qui veut entrer dans l’histoire. La porte sculptée par Socrate demeure historiquement ouverte !

BIBLIOGRAPHIE

  1. Baudart (A), « Platon », in Histoire de la philosophie, vol.1, Les pensées fondatrices, Armand colin, Paris, 1993. Nb. Nous l’abrégeons par « Histoire».
  2. Brun (J), Socrate,U.F, Paris, 1960.
  3. Césaire (A), Cahier d’un retour au pays natal, Présence africaine, Paris, 1956.
  4. Eboussi Boulaga (F), La crise du muntu, Présence africaine, Paris, 1977. Nb. Nous l’abrégeons par « La crise ».
  5. Marx (K) et Engels (F), Le manifeste du parti communiste, Editions en Langues Etrangères, Pékin, 1970.
  6. Nietzsche (F), Ainsi parlait Zarathoustra, Gallimard, Paris, 1947. Nb. Nous l’abrégeons par « Zarathoustra ».
  7. Njoh-Mouelle (E), De la médiocrité à l’excellence, CLE, Yaoundé, 1970. Nb. Nous l’abrégeons par « La médiocrité ».
  8. Njoh-Mouelle (E), Discours sur la vie quotidienne, Afrédit, Yaoundé, 2007. Nb. Nous l’abrégeons par « Discours ».
  9. Platon, Apologie de Socrate, Hatier, Paris, 1993. Nb. Nous l’abrégeons par « Apologie ».
  10. Rousseau (J-J), Du contrat social, Bordas, Paris, 1985. Nb. Nous l’abrégeons par « Contrat ».
  11. Sartre (J-P), L’existentialisme est un humanisme, Nagel, Paris, 1946. Nb. Nous l’abrégeons par « L’existentialisme».
  12. Towa (M), Essai sur la problématique philosophique dans l’Afrique actuelle, CLE, Yaoundé, 1971. Nb. Nous l’abrégeons par « Essai ».
  13. wikipedia.org
  14. njohmouelle.org
 Dr. T. Nya Célestin
Douala, Avril 2011.

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ulrich gaping

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